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Les dirigeants d'Agfa peuvent sabrer le champagne. Ils viennent d'emporter le plus gros contrat d'informatique hospitalière jamais passé dans l'Hexagone. Selon nos informations, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a confié à un consortium mené par le groupe belge et comprenant Capgemini, Hewlett- Packard (HP) et Oracle, la mise en place d'un « système d'information patient » au sein de l'institution. D'un montant potentiel de près de 100 millions d'euros, ce gigantesque projet vise à créer un dossier médical unique permettant de centraliser les identités, les prescriptions et les résultats d'examens des patients des 38 hôpitaux de l'AP-HP. Prévu pour s'étaler sur une durée théorique de cinq ans, le chantier est réputé pour son extraordinaire complexité. Il concerne environ 72.000 utilisateurs répartis sur 43 sites. Le tout dans un environnement où les méthodes de travail sont loin d'être standardisées et relèvent bien plus souvent de la tradition orale que des procédures écrites clairement définies. Bref, de quoi augurer quelques nuits blanches pour les informaticiens mobilisés sur le projet...
Un feuilleton rocambolesque
Le consortium mené par Agfa était en concurrence avec deux autres acteurs sur ce dossier. La SSII française Atos Origin proposait une solution Open Source (Cristal-net) développée par le CHU de Grenoble et présente dans une quarantaine d'établissements dans le monde. De son côté, l'éditeur américain de logiciels médicaux Cerner avait monté un consortium avec le géant IBM, présent en sous-traitance. Lancé en décembre 2005, ce projet informatique s'est rapidement transformé en feuilleton rocambolesque. En mars 2007, l'AP-HP a commencé par confier ce chantier à un consortium dirigé par Thales et comprenant General Electric et l'éditeur français Medasys pour un montant de 75 millions d'euros, avant de dénoncer le contrat neuf mois plus tard (« Les Echos » du 27 décembre 2007). L'AP-HP avait justifié cette décision par « les difficultés du consortium à concrétiser sa proposition » . En réponse, Thales avait lancé plusieurs actions en justice, réclamant environ 60 millions d'euros d'indemnités. Mené dans une atmosphère de conflit entre le client et le prestataire, ce premier projet était rapidement allé dans le mur. « L'attitude de la hiérarchie de l'AP-HP et des politiques semble avoir été très peu proactive et peu propice à dégager des solutions acceptables pour les deux parties », estime le cabinet d'études Pierre Audoin Consultants dans une note de recherche. Lors de ce premier appel d'offres, le consortium IBM-Cerner avait fait une offre aux environs de 120 millions d'euros, tandis qu'Agfa, alors associé à Accenture, s'était positionné aux alentours de 130 millions (licences et services compris). Des propositions qui ont été revues à la baisse lors du deuxième appel d'offres pour tomber sous la barre de la centaine de millions. La solution Agfa l'a finalement emporté, mais, vu la complexité du chantier, le déploiement du nouveau système informatique ne devrait pas intervenir avant deux ans. Si tout se passe bien...
E. G.
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