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Current entry  Paludisme : l'espoir, enfin
Davantage d'argent, de moyens, des grands noms qui s'engagent... Trop longtemps délaissée, la lutte contre le paludisme connaît un nouvel élan. Paris sera cette semaine la capitale du combat face à ce fléau silencieux...08/09/08


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Vecteur de la maladie, l'anophèle femelle transmet à l'homme le parasite qui provoque le paludisme. 

On ne la sent souvent même pas. Mais la piqûre d'un anophèle femelle à la nuit tombée peut faire basculer une vie et entraver le développement d'un continent entier. Car le moustique va transmettre à sa victime un parasite qu'il a capté sur un autre être humain et « retraité » dans son propre organisme. Une fois inoculé, le Plasmodium va rapidement se multiplier dans le foie, migrer vers les globules rouges, qu'il va détruire par éclatement, et provoquer une obstruction des capillaires qui alimentent le cerveau ou les organes vitaux.

Et le paludisme tue : 2 à 3 millions de personnes par an. Cette maladie, parmi les plus mortelles au monde, laisse aussi de graves séquelles, neurologiques, pulmonaires et rénales, chez les enfants, ses principales victimes. 40 % de la population mondiale est sous la menace permanente de ce fléau et l'Afrique concentre, à elle seule, 90 % des décès. Ce lourd tribut humain se double d'un épuisement économique des zones touchées : la perte de PIB annuel est estimée à 12 milliards de dollars pour tout le continent noir, et la croissance des pays les plus infestés peut être jusqu'à cinq fois moindre que celle des Etats relativement épargnés. Car le « palu » est responsable d'un fort absentéisme à l'école et au travail, il torpille la productivité et saigne les budgets nationaux.

 

« Fenêtre de tir »

Mais les temps changent. Paris sera, cette semaine, le théâtre d'une mobilisation générale contre cette pandémie silencieuse, car « maladie de la pauvreté », exotique et lointaine. Nicolas Sarkozy devrait inaugurer demain une expo-photo qui lui est consacrée sur le pont des Arts. S'enchaîneront aussi tables rondes et colloques réunissant députés et acteurs de la lutte antipalu dans le monde (secteurs public et privé, chercheurs, ONG, grands groupes : Areva, Veolia, Lafarge, Total...), sous la houlette de Michèle Barzach, présidente des Amis du Fonds mondial Europe, notamment.

Cette semaine parisienne ne sera en fait qu'une étape. En avril dernier, avait déjà eu lieu la première Journée mondiale de lutte contre le paludisme ; le 18 septembre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publiera un rapport, très attendu, sur les progrès enregistrés dans le monde ; et le 25, Roll Back Malaria (partenariat entre l'OMS, la Banque mondiale, l'Unicef, le PNUD, les pays donateurs, les Etats touchés, les ONG...) présentera à New York, lors de l'assemblée générale de l'ONU, un « Global Malaria Business Plan », guide chiffré et détaillé devant permettre de généraliser les expériences qui marchent. Avec une stratégie : tenter d'avancer en même temps partout dans le monde et subventionner massivement les médicaments afin d'assurer leur accès aux plus pauvres. 

Un tel bouillonnement n'est pas fortuit : une véritable « fenêtre de tir » semble s'être récemment ouverte. « On a davantage d'argent, une bonne compréhension de la maladie, des traitements, des moyens de prévention efficaces [lire ci-contre] , de nouveaux financements pour la recherche sur les vaccins et de vrais partenariats. Aujourd'hui, on sait quoi faire, et avec un temps de réponse très rapide, comme on a pu le constater en Ethiopie », explique Awa Marie Coll-Seck, directrice exécutive de Roll Back Malaria. Un nouveau paysage s'est ainsi dessiné depuis le début de la décennie. D'abord avec la création du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme : en quelques années, les financements en faveur de ce dernier sont passés de 60 millions à 1 milliard de dollars... même si 3 milliards seraient aujourd'hui nécessaires. Les fondations privées (Gates, Clinton...) sont ensuite entrées en lice, apportant un nouveau dynamisme et d'importants moyens. Ces évolutions portent leurs fruits, et incitent à l'optimisme : Bill et Melinda Gates n'ont-ils pas osé, en octobre dernier, prononcer le mot « éradication » lors d'un colloque à Seattle ? Nec plus ultra, les politiques découvrent qu'il peut y avoir là un « retour sur investissement » rapide et spectaculaire. « Politiquement, la lutte contre le paludisme est un bon cheval, et c'est tant mieux », résume-t-on dans un laboratoire.

 

DANIEL BASTIEN

Tous droits réservés (2008) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date de publication
08/09/08
 Thèmes
  Politique de santé

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