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Le laboratoire suisse veut acheter les 44 % du capital de sa filiale de biotech américaine qu'il ne détient pas encore. Genentech est largement responsable du succès de sa maison mère, grâce à ses médicaments contre le cancer.
Le laboratoire américain Genentech, numéro deux mondial des biotechnologies, ne sera bientôt plus indépendant, mais conservera une certaine autonomie. Le groupe pharmaceutique suisse Roche, qui contrôle déjà 56 % du capital de sa filiale californienne spécialiste des anticancéreux, a décidé de racheter la totalité des actions cotées en Bourse. Il est prêt à débourser 43,7 milliards de dollars (près de 28 milliards d'euros) pour cette opération. « Nous allons travailler plus étroitement avec nos collègues de Genentech, a expliqué hier Severin Schwan, l'Autrichien de quarante et un ans qui a pris les rênes de Roche en mars dernier. Tout en précisant que le département de recherche et développement du laboratoire américain resterait autonome, afin de préserver « sa culture scientifique unique » et la « diversité des approches » nécessaires, selon lui, à la découverte de médicaments innovants.
Roche a pris le contrôle de cette société californienne en 1990, mais Genentech est resté coté séparément à Wall Street. Le groupe suisse est persuadé que c'est en accordant une large autonomie à sa filiale que celle-ci a pu être aussi performante. Grâce à Genentech, qui représente 40 % des revenus de son activité pharmaceutique, Roche est devenu le numéro un mondial des traitements contre le cancer, l'une des aires thérapeutiques qui progresse le plus vite actuellement. Ses produits phares, Avastin, Herceptin ou Rituxan, comptent parmi les médicaments les plus lucratifs du marché.
Les investisseurs veulent plus
Peu de sociétés de la taille de Genentech - près de 11,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier - affichent des taux de croissance aussi élevés. Certes, la progression ralentit nettement : de 40 % en 2006, on est passé à 26 % l'an dernier. Cette année, les revenus ne devraient progresser « que » de 10 % selon Lehman Brothers, ce qui est tout de même supérieur à la moyenne du marché pharmaceutique. Mais l'OPA de la firme bâloise intervient au moment où les médicaments de Genentech génèrent un maximum de trésorerie, car les dépenses de R&D ont été amorties. « Cela permettra à Roche de capter l'intégralité de la marge de sa filiale » , analyse Alain Gilbert, du cabinet de conseil Bionest Partners. La faiblesse actuelle du dollar permet également au groupe suisse de s'emparer de Genentech dans des conditions avantageuses.
Roche doit néanmoins probablement se préparer à relever son offre. L'action Genentech a bondi de 14 % hier, à l'ouverture de Wall Street, à 93,50 dollars, ce qui valorise le titre 5 % de plus que les 89 dollars proposés par Roche. Les analystes de Lehman Brothers estiment que Genentech peut valoir jusqu'à 120 dollars par action. Roche a les moyens de rallonger la note : le groupe suisse n'a pas de dette, et génère plus de 10 milliards d'euros de trésorerie par an.
En intégrant sa filiale, il compte économiser 750 à 850 millions de dollars par an, grâce au regroupement de certains sites aux Etats-Unis et à l'élimination de fonctions administratives redondantes. C'est maintenant au conseil d'administration du laboratoire américain d'apprécier le prix proposé par Roche. Pour répondre aux exigences de bonne gouvernance, les administrateurs nommés par la firme suisse ne participeront pas au processus.
VINCENT COLLEN
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