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La tâche de Frédéric van Roekeghem, directeur de l'assurance-maladie, s'annonce ardue. A l'occasion de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, le ministre du Budget et des Comptes publics, Eric Woerth, lui a demandé, hier, de « proposer des mesures pour 2008 afin de respecter l'objectif de dépenses voté, même si nous sommes en-deçà de l'alerte ». Le dérapage (700 millions d'euros) est certes compensé par un surcroît de recettes, qui ramènerait le déficit de la branche maladie à 4,1 milliards cette année, mais le gouvernement veut profiter de ces bonnes rentrées de cotisations pour se rapprocher de l'équilibre, promis en 2011 pour le régime général de la Sécurité sociale. La route est longue, puisque le déficit devrait encore atteindre 8,9 milliards d'euros en 2008, en raison du décrochage de l'assurance-vieillesse (- 5,6 milliards).
Bercy avait plaidé pour que des mesures soient annoncées dès hier (« Les Echos » du 29 mai), mais ce calendrier a été jugé trop brutal. D'autant que la principale économie envisagée (250 millions) ne sera guère populaire : il s'agirait, pour les patients souffrant d'une affection de longue durée (cancer, sida, diabète, etc.) qui bénéficient d'une prise en charge à 100 % des soins liés à leur maladie, de ne plus être remboursés qu'au taux normal de 35 % pour les médicaments à vignette bleue.
Un effort « partagé »
Le Conseil de la CNAM demandera à tout le moins que les assurés ne soient pas les seuls à être mis à contribution. « L'effort doit être partagé entre tous les acteurs », convient Eric Woerth, qui, dans la perspective d'un budget 2009 de la Sécurité sociale « amplifiant l'effort de redressement », s'est de nouveau « interrogé sur la frontière avec les assurances complémentaires pour ce qui ne relève pas des soins essentiels ». La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a aussi demandé que les négociations à venir sur la revalorisation des généralistes « aient pour contrepartie des engagements précis et réalistes en termes de maîtrise médicalisée [des prescriptions] ».
La modération des dépenses est d'autant plus incontournable que l'assurance-maladie ne bénéficiera plus de la quasi-totalité des recettes nouvelles, comme ce fut le cas sous la précédente législature. « Il est urgent de prendre des mesures pour redresser l'assurance-vieillesse », a souligné Eric Woerth en plaidant pour « des redéploiements de prélèvements ou de charges . En 2007, c'était une piste, aujourd'hui nous en sommes à la concrétisation pour une mise en oeuvre dès 2009. » Il s'agit de faire financer davantage les retraites par la branche famille (majoration pour trois enfants), et de relever les cotisations vieillesse. Le Medef s'y est de nouveau opposé, hier, en fustigeant « un rendez-vous 2008 manqué sur les retraites », tandis que le PS constatait « l'échec » des réformes Fillon et Douste-Blazy.
Le ministre du Budget a aussi renouvelé, mais avec prudence, son souhait « d'adapter » les prélèvements sur les « niches sociales » , ces éléments extra-salariaux (participation, chèques vacances, etc.) exemptés de cotisations. Il a également pointé les exonérations « ciblées » (emploi à domicile, zones franches, etc.) « qui ont augmenté de 36 % depuis 2005 » . A l'inverse, les exemptions de charges sur les heures supplémentaires ne devraient coûter que 3,3 milliards d'euros cette année, au lieu des 4 milliards anticipés, le nombre d'heures ayant été surévalué. Eric Woerth a enfin confirmé que les dettes accumulées par la Sécurité sociale (34 milliards) seraient transférées à la Cades, en fléchant vers cette dernière des ressources du Fonds de solidarité vieillesse.
ÉTIENNE LEFEBVRE
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