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Mais, dans le même temps, contre des affections jugées banales ou tenues à tort pour disparues (rougeole, coqueluche, tuberculose...), les taux de couverture restent insuffisants, voire régressent. Les professionnels de la santé appellent à davantage de vigilance.
Contrôle du vaccin de la grippe dans un laboratoire de Sanofi Pasteur. La filiale de Sanofi-Aventis est le leader mondial des vaccins.
SRAS, H5N1... Ces virus émergents aux noms de code menaçants ont fait de la prévention une vedette incontestée et donné un coup de fouet au marché des vaccins. Mais la crainte d'une pandémie de syndrome respiratoire aigu sévère ou de grippe aviaire masque parfois l'importance de certaines infections bactériennes et virales jugées banales. Ou que l'on croit, à tort, disparues. Le cas de la rougeole est emblématique. Cette maladie souffre d'une couverture vaccinale insuffisante pour écarter tout risque d'épidémie, y compris dans la majorité des pays développés. Le professeur Didier Houssin, directeur général de la Santé au ministère, le confirme : depuis trois ans, « la France a élaboré un plan qui vise à l'élimination de la rougeole et de la rubéole congénitale à l'horizon... 2010 » . Une opération répondant à la démarche préconisée en Europe par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et qui en dit long sur le chemin à parcourir.
Pour stopper la circulation du virus de la rougeole, plus de 95 % des enfants âgés de deux ans devraient être vaccinés - au moins une dose du vaccin ROR (rougeole - oreillons - rubéole) sur les deux nécessaires - contre 87 % actuellement. Un simple rappel statistique permet de mesurer les enjeux de ce problème de santé. Selon l'OMS, plus d'un million de décès sont encore évités chaque année dans le monde grâce au vaccin contre la rougeole. Autre exemple frappant : le taux de couverture du BCG, protégeant de la tuberculose, qui n'est plus obligatoire dans l'Hexagone depuis juillet 2007, a chuté de 99 % en 2003 pour les enfants scolarisés en maternelle à environ 60 % chez les nourrissons à risque âgés de deux à vingt-trois mois, selon des estimations très récentes et encore partielles de l'Institut de veille sanitaire (INVS). Alors que les cas de tuberculose réapparaissent dans le monde, en dépit du fait que le BCG est le vaccin le plus administré sur la planète.
Grippe : la France en retard
Autant dire que, pour les professionnels de la santé, le mot d'ordre est clair : redoubler de vigilance. Tous exhortent la population et le corps médical à suivre à la lettre les recommandations faites par des experts indépendants dans le cadre du calendrier vaccinal national. Dans l'édition 2008, parue le 21 avril, la coqueluche figure ainsi en bonne place. Certains épidémiologistes s'inquiètent de la résurgence de cette maladie qui affecte 3,6 individus sur 100.000 habitants en France. Alors que l'OMS a fixé pour objectif une incidence inférieure à 1 cas pour 100.000. « Les pouvoirs publics devraient communiquer auprès de la population. Il en va de l'intérêt individuel mais aussi collectif », souligne Bertrand Alexandre, président du comité vaccins du Leem (Les entreprises du médicament). « Le manque d'informations peut entraîner des réticences à se faire vacciner ou entretenir des inquiétudes non fondées », renchérit Marianne Morini, consultante au cabinet de conseils Alcimed.
Les campagnes, même massives, de communication ne suffisent pourtant pas toujours. C'est le cas pour la vaccination anti-grippale : 65 % seulement de la population ciblée, c'est-à-dire les personnes âgées de plus de soixante-cinq ans, les patients atteints d'une maladie de longue durée ou chronique et les personnes immunodéprimées, a acquis le réflexe vaccinal. « La France est en retard sur d'autres pays européens. L'OMS recommande un taux de vaccination de 75 % des personnes les plus exposées », remarque Ralf Krenning, directeur des opérations commerciales du groupe Solvay, dont l'activité vaccins est focalisée sur la grippe saisonnière.
Hépatite B : regagner la confiance
Il faut reconnaître que la protection vaccinale a été mise à mal par la polémique, qui a fait rage en France, sur l'innocuité du vaccin contre l'hépatite B. Les accusations portant sur son implication dans certains cas de sclérose en plaques ont provoqué l'arrêt brutal du programme de vaccination en 1998. Ces suspicions ont été balayées au début de l'année par une étude coordonnée par le professeur Marc Tardieu, de l'hôpital Kremlin-Bicêtre à Paris. Las, cette infection, dont la couverture vaccinale reste du coup la plus faible (30 % à 40 %), est encore responsable d'un millier de décès par an en France, sur un million de victimes dans le monde. Or ce vaccin, qui fut le premier à cibler un virus cancérigène humain, prévient une maladie grave dont les complications sont la cirrhose et/ou le cancer primitif du foie. « Il est particulièrement urgent d'engager une campagne de promotion de la vaccination contre l'hépatite B. Cela n'a jamais été fait depuis dix ans, alors que les cas identifiés se sont multipliés », alerte le sénateur Paul Blanc, dans son rapport parlementaire intitulé « Vaccins : convaincre et innover pour mieux protéger », rendu public en octobre dernier. « La première étape sera bien sûr de regagner la confiance des médecins généralistes et des pédiatres », reconnaît Didier Houssin. Pour faciliter la vaccination des nourrissons et réduire le nombre d'injections, le vaccin hexavalent, qui combine l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche et l'Haemophilus influenzae b, est remboursé par la Sécurité sociale depuis le 17 mars 2008. Mais il ne s'agit que d'un premier pas.
Les laboratoires pharmaceutiques semblent être les partenaires naturels des pouvoirs publics pour promouvoir la vaccination. Mais ils ne sauraient en prendre l'initiative, compte tenu de leurs intérêts commerciaux. Comment sortir de ce dilemme ? Pour rendre accessible l'information officielle sur les vaccins, Paul Blanc propose la création d'un portail Internet regroupant l'ensemble des données validées par les autorités sanitaires, sur le modèle de celui créé pour la prévention de l'obésité. Une réflexion est en cours à ce sujet au sein de la Direction générale de la santé (DGS).
Ces interrogations et ces craintes ne peuvent masquer un constat : dans un contexte propice à la prévention, le marché des vaccins, qui ne pèse que 2 % des ventes de l'industrie pharmaceutique mondiale, ne s'est jamais aussi bien porté. « C'est un secteur en pleine mutation qui aborde une phase de développement très importante avec un taux de croissance de l'ordre de 15 %, soit deux fois plus que celui de la pharmacie », souligne Eric Halioua, expert en sciences de la vie du cabinet de conseil en stratégie Arthur D. Little. Sur cette base, il devrait générer quelque 26 milliards de dollars en 2011, contre 15,6 milliards en 2007. Cette manne est concentrée dans les mains d'une poignée de grands laboratoires menés par Sanofi Pasteur, filiale de Sanofi-Aventis. Dans la foulée du groupe français se profile le britannique Glaxo- SmithKline, suivi par les américains Merck et Wyeth. A eux quatre, ils se partagent environ 80 % du marché mondial.
Rentabilité améliorée
La vitalité du secteur se nourrit du lancement de nouveaux vaccins qui ont le profil de blockbusters, autrement dit un chiffre d'affaires potentiel supérieur au milliard de dollars. « Ce concept n'existait jusqu'à présent que dans l'industrie pharmaceutique. Aujourd'hui, des vaccins très innovants sont commercialisés à des prix beaucoup plus élevés, ce qui améliore leur rentabilité pour les laboratoires », remarque Eric Halioua. A l'instar du vaccin Prevenar de l'américain Wyeth contre les infections à pneumocoque, comme la méningite, qui a généré des recettes de 2,4 milliards de dollars en 2007 à l'échelle mondiale. Des perspectives tout aussi prometteuses s'ouvrent au Gardasil, commercialisé par Sanofi Pasteur MSD en Europe et par Merck aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un vaccin anti-cancer, mais, après celui contre l'hépatite B, c'est le second à cibler un virus cancérigène humain. Son action préventive est dirigée contre les quatre types de papillomavirus humains (HPV) les plus souvent impliqués dans les lésions précancéreuses et les cancers du col de l'utérus. Malgré tout, son effet protecteur est inefficace dans environ 30 % des cas et il ne saurait se substituer au dépistage.
Sida : espoirs déçus
Face à ces succès incontestables, l'arrêt brutal du développement clinique du « candidatvaccin » de Merck contre le sida, il y a six mois, a douché les espoirs à moyen terme.Malgré ce revers, « de nombreux industriels continuent la recherche dans ce domaine, plaide Bertrand Alexandre, directeur de la division vaccins de Glaxo- SmithKline. Nous en sommes encore aux phases préliminaires des essais sur l'homme, car nous nous battons contre un virus complexe sur le plan scientifique, qui mute en permanence. » Existe-t-il une piste pour accélérer le processus ? « Il faudrait que les pouvoirs publics, qui ont soutenu la recherche sur le sida, investissent davantage dans le prédéveloppement industriel », suggère le professeur Claude Leclerc, directrice de l'unité de régulation immunitaire et de vaccinologie de l'Institut Pasteur. « Pour pouvoir vérifier lesprédictions faites à partir des essais précliniques sur les animaux, il me semble nécessaire de mener rapidement et en parallèle plusieurs études cliniques de petite envergure », explique- t-elle. A ses yeux, ce n'est pas dans la logique industrielle des laboratoires de prendre en charge cette étape précoce, très risquée sur le plan économique, du développement de candidats vaccins issus de la recherche académique.
En attendant des jours meilleurs dans la lutte contre le sida, certains se concentrent sur la préparation à une éventuelle pandémie de grippe aviaire. L'expertise tricolore en tête : « Notre vaccin H5N1 est le premier à avoir obtenu l'approbation de la Food and Drug Administration aux Etats-Unis, l'an dernier, souligne Wayne Pisano, président-directeur général de Sanofi Pasteur. Nous possédons les plus grandes capacités de production d'un vaccin prépandémique et nous continuons à investir pour couvrir les besoins au niveau mondial. » Le laboratoire français vient ainsi d'alimenter le stock prépandémique du département américain de la Santé, avec la livraison d'un second lot de vaccins H5N1 élaboré avec une nouvelle souche de grippe aviaire, qui correspond à l'équivalent de 38,5 millions de doses. En revanche, son rival Glaxo- SmithKline a été le premier à obtenir, le 19 mai dernier, le feu vert de la Commission européenne pour commercialiser son vaccin prépandémique H5N1 dans les 27 pays membres de l'Union.
Même s'il vaut mieux prévenir que guérir, les vaccins de demain auront aussi des vertus thérapeutiques (lire ci-dessous). En renfort des biomédicaments et des thérapies existantes, ils seront un jour capables d'éviter les récidives de cancers encore incurables.
CHANTAL HOUZELLE
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