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Moins catastrophique, le scénario « volontariste » , qui suppose des actions fortes de la part de l'industrie et des pouvoirs publics, aboutirait tout de même à un recul de 8 %, soit 10.000 suppressions de postes. Dans les deux cas, il s'agirait d'un renversement de tendance : les effectifs de l'industrie du médicament « n'ont cessé de croître en France depuis 1995 » au rythme moyen de près de 2 % par an, souligne Frédéric Thomas, consultant chez Arthur D. Little. « Le changement de business model n'est plus à venir ; nous y sommes déjà pleinement » , observe Christian Lajoux, le président du Leem.
Dans le domaine de la production tout d'abord, où la France est le numéro un européen. Le retard dans les médicaments d'avenir, issus des biotechnologies, fragilise les 220 usines pharmaceutiques de l'Hexagone. Lorsqu'un produit perd la protection de son brevet, les volumes de production s'effondrent et les industriels ont le plus grand mal à rentabiliser leurs sites. Ils les revendent de plus en plus souvent à des sous-traitants. « Au passage, 10 % à 15 % des emplois disparaissent généralement » , souligne Frédéric Thomas.
Pour lutter contre cette tendance, Christian Lajoux demande un changement de législation afin que les fabricants de génériques puissent produire et stocker leurs « copies » sur le territoire français avant l'expiration du brevet. C'est aujourd'hui interdit en vertu de la réglementation sur la propriété intellectuelle. Pour être prêts dès l'expiration du brevet, les laboratoires produisent dans des pays d'Europe de l'Est et les camions chargés de génériques passent la frontière française le jour J pour livrer les pharmacies. Résultat, « 70 % des génériques consommés en France sont fabriqués à l'étranger , dit Christian Lajoux. Il faut que nous trouvions un moyen d'en produire plus dans l'Hexagone. »
Déclin des effectifs des visiteurs médicaux
Le Leem appelle aussi de ses voeux la création de « clusters » sur le modèle américain. « Il faudrait renforcer les liens au sein d'une même région entre les universités, les centres de recherche et les sites de production » , explique Frédéric Thomas. Des projets dans ce sens sont déjà à l'étude avec les préfets des régions concernées : vallée de la Loire, de la Seine, région de Dreux, vallée du Rhône, Alsace. Le déclin des effectifs des visiteurs médicaux chargés de promouvoir les médicaments auprès des médecins paraît, lui, inéluctable. Parce que les pouvoirs publics exigent des laboratoires qu'ils réduisent leur pression commerciale sur les prescripteurs afin de contenir les dépenses de santé. Et aussi parce que les nouveaux médicaments, qui traitent des pathologies lourdes comme le cancer, s'adressent à une population de médecins plus restreinte. « On ne peut malheureusement pas enrayer la baisse des effectifs dans ce domaine » , estime Christian Lajoux.
VINCENT COLLEN
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