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Quand on est situé dans une petite région aux confins de l'Europe, qui dispose de bonnes universités mais de moyens financiers limités pour stimuler le développement économique, il faut cibler ses interventions. C'est ce que fait ITI Life Sciences, le fonds public écossais de soutien à l'innovation dans les sciences de la vie, à travers le financement de projets bien spécifiques dans des disciplines en émergence. Il vient de lancer un appel d'offres international dans le domaine de la biologie dite « de synthèse ». La biologie de synthèse, appelée ainsi par analogie avec la chimie de synthèse, est une nouvelle branche des sciences de la vie qui utilise le génie génétique pour rendre des micro-organismes capables de réaliser, par des voies biologiques, des processus industriels complexes. Les applications potentielles sont nombreuses, de la synthèse chimique à la dépollution en passant par la production d'énergie ou de médicaments. « Grâce à son réseau d'experts dans l'industrie et dans la recherche publique, ITI Life Sciences a identifié la biologie de synthèse comme l'un des domaines émergents dans les sciences de la vie », confirme Jim Greaves, directeur du marketing et de la communication d'ITI Life Sciences.
Des projets ciblés
Créé en juillet 2003, ITI Scotland a été doté par le gouvernement écossais de 450 millions de livres (570 millions d'euros) sur dix ans pour soutenir des programmes de R&D associant des entreprises et des structures académiques actives dans l'énergie, les technologies de l'information et les sciences de la vie. Spécialisé dans ce dernier domaine, ITI Life Sciences dispose d'un budget annuel de 15 millions de livres. Depuis sa création, il a déjà investi quelque 50 millions de livres dans des projets ciblés de recherche précompétitive associant entreprises et laboratoires académiques. Il a, par exemple, soutenu des projets portant sur la production standardisée de cellules souches, la mise au point de tests de criblage cellulaireou le développement de souris transgéniques destinées à la recherche pharmaceutique. Cette année, outre le programme biologie de synthèse, un appel d'offres de 5 millions à 10 millions de livres a également été lancé dans le domaine de l'administration de substances dans l'oeil pour le diagnostic et le soin.
Les projets susceptibles d'être financés pourraient donner lieu à des mises de fonds de 2 millions à 5 millions de livres en biologie de synthèse et de 5 millions à 10millions dans les technologies d'administration intra-oculaire. Alors que, le plus souvent, les agences publiques abondent les projets, ITI Life Sciences prend à sa charge la totalité du financement. En contrepartie, le fonds détient en fin de projet la totalité de la propriété industrielle générée, qu'il peut ensuite valoriser en accordant des licences aux entreprises les mieux placées, à ses yeux, pour les exploiter. Ce ne sont pas nécessairement celles qui ont participé au projet, et elles n'ont pas besoin d'être écossaises pour être choisies. En revanche, elles doivent au moins disposer d'une implantation commerciale en Ecosse.
Une cinquantaine de brevets
Il est encore un peu tôt pour dresser un bilan de l'activité d'ITI Life Sciences, puisque la plupart des programmes financés sont en cours de réalisation ou viennent juste de s'achever. Mais l'enveloppe complémentaire de 2 millions de livres sur quatorze mois (lire ci-dessous) qui vient d'être accordée au programme souris transgéniques, initialement prévu sur trois ans avec une dotation de 5,4 millions de livres, parle en sa faveur. « Ce programme a permis de générer davantage de lignées de souris que nous n'en attendions et elles suscitent beaucoup d'intérêt, tant chez les groupes pharmaceutiques qu'auprès de la Food and Drug Administration. Ces perspectives commerciales encourageantes nous ont incités à prolonger notre soutien », explique Jim Greaves. Par ailleurs, les différents programmes financés par ITI Life Sciences ont donné lieu au dépôt d'une cinquantaine de brevets.
Malgré cela, l'arrivée il y a neuf mois d'un nouveau président a été l'occasion d'une analyse critique du fonctionnement de la structure avec, à la clef, quelques améliorations. Ainsi, pour réduire les coûts, toutes les fonctions transversales (propriété industrielle, financement...) des différents ITI ont été mutualisées. Par ailleurs, « le processus de choix des domaines scientifiques d'intervention, qui s'était alourdi et complexifié, a été ramené à quatre étapes », observe Jim Greaves. Et les consultants externes sont largement mis à contribution pour épauler la cellule de veille technologique, qui compte cinq ou six personnes. Reste la question de la propriété industrielle. Qu'ITI Life Sciences se la réserve apparaît comme un obstacle à la participation des laboratoires académiques, auxquels elle revient habituellement lorsqu'ils collaborent avec les entreprises. ITI Life Sciences mène actuellement une réflexion pour en tenir compte.
CATHERINE DUCRUET
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