Les Français consomment beaucoup de médicaments. Le constat n'est pas nouveau, mais il vient d'être réaffirmé par l'Assemblée nationale, ce qui devrait influencer les politiques publiques dans les mois qui viennent. La Mission d'évaluation et de contrôle des lois de financement de la Sécurité sociale (MECSS) a remis un rapport la semaine dernière qui critique la « consommation de médicaments record » dans l'Hexagone. « Ce rapport reflète un consensus à l'Assemblée nationale, souligne Catherine Lemorton, députée socialiste de Toulouse et rapporteur de la mission. Il est signé de tous les groupes parlementaires. »
Quels que soient les critères retenus, les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments d'Europe (voir graphique) : nous sommes 30 % au-dessus de la moyenne des pays riches de l'OCDE en valeur, et même 50 % au-dessus en volume (car les prix sont plus bas que chez nos principaux voisins). « Chaque Français consomme en moyenne une boîte de médicaments par semaine », pointe la MECSS.
Certes, les écarts avec nos voisins « ont tendance à se réduire » pour certaines classes thérapeutiques, reconnaît le rapport. Les Britanniques consomment plus d'antihistaminiques et d'anticholestérols de la catégorie des statines, l'Allemagne est championne d'Europe pour les antihypertenseurs. Mais les Français sont toujours à la première place pour les antibiotiques, les antidiabétiques oraux, les antidépresseurs, les tranquillisants...
Logiciels de prescription
Les députés veulent également mieux contrôler les prescriptions des médecins une fois que le médicament est sur le marché. D'abord en favorisant l'usage de logiciels d'aide à la prescription qui indiqueraient automatiquement au médecin le produit à prescrire pour une pathologie donnée. Et éviter ainsi que « les produits les plus récents et les plus chers occupent une place prépondérante au détriment de molécules plus anciennes et souvent génériquées » .
Ensuite, en restreignant le poids de la visite médicale chargée de promouvoir les médicaments auprès des médecins, qui fait déjà l'objet d'une taxe (lire encadré). « L'enjeu est assurément de limiter les visites médicales, qui poussent beaucoup à la prescription et à la consommation, a estimé le ministre du Budget, Eric Woerth, lors des auditions organisées par la mission. Le système de promotion fait que le médecin a souvent tendance à prescrire un médicament nouveau, mais dont l'apport n'est pas évident, plutôt qu'un produit générique. Ces visites sont encadrées par une charte qu'il convient sans doute de renforcer. L'augmentation de la taxe peut aussi être envisagée. »
La MECSS suggère d'améliorer la formation initiale et continue des médecins sur les médicaments, afin que les commerciaux délégués par les laboratoires ne soient pas leurs seuls interlocuteurs sur ce sujet, comme c'est le cas aujourd'hui.
VINCENT COLLEN
Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
|