Les 55.000 pharmaciens d'officine français veulent élargir leur champ d'action au-delà de la simple délivrance du médicament de prescription, qui représente aujourd'hui 80 % de leur rémunération. En janvier, ils ont poussé un « ouf » de soulagement lorsque Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas suivre la recommandation du rapport Attali, qui préconise la vente de médicaments sans ordonnance en dehors des pharmacies. Mais ils ont senti le vent du boulet. Sachant que leur monopole est régulièrement attaqué, par la grande distribution notamment, ils ont décidé de réagir.
C'est le sens du Livre blanc présenté hier par l'Ordre et les trois principaux syndicats de pharmaciens. « Les pharmaciens sont sous-utilisés », estime Jean Parrot, le président du Conseil de l'ordre. Des professionnels qui ont fait « six ans d'études » ont « un rôle de santé publique majeur à jouer » . Le Livre blanc souligne que les 23.000 officines françaises assument déjà des tâches de conseil aux patients, de suivi des traitements ou de dépistage. « 10 % des personnes qui entrent dans une pharmacie en ressortent sans avoir rien acheté », pointe Jean Parrot. Les pharmaciens sont associés aux campagnes de sensibilisation lancées par les pouvoirs publics. Certains d'entre eux sont équipés de tests pour l'hypercholestérolémie ou le diabète. Ces actes non rémunérés sont appelés à se développer.
Simplifier les parcours.
« Les patients diabétiques ou hypertendus viennent nous voir régulièrement entre deux consultations de médecin », explique Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine. Le renforcement du rôle du pharmacien pourrait même devenir une source d'économies. Claude Japhet, président de l'Union nationale des pharmacies de France, propose par exemple que les personnes âgées puissent venir chercher directement leur vaccin contre la grippe à l'officine avant de passer chez le médecin. « Cela simplifierait le parcours actuel médecin-pharmacien-médecin et économiserait une consultation », dit-il.
Les officinaux demandent en échange que leur rôle soit officiellement reconnu. « Il suffit de trois lignes dans la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale », assure Jean Parrot, pour affirmer le « principe » de la « complémentarité » des rôles du médecin et du pharmacien. A l'heure actuelle, « tout est fait de façon sauvage », et les pharmaciens sont parfois « à la limite de l'exercice illégal de la médecine », explique Claude Japhet. Les pharmaciens réclament une rémunération pour certains de ces actes, qui ne donnent pas lieu à la délivrance d'un médicament, sur la base d'une « nomenclature », à l'image de ce qui se pratique en Allemagne ou au Royaume-Uni.
« Les pharmaciens ne veulent plus seulement vendre des médicaments, ils veulent en quelque sorte assurer le service après-vente, décrypte Emmanuel Sève, expert du secteur pharmacie à la société d'études Precepta. Ils ont compris que c'était leur seul argument pour justifier leur monopole sur la distribution des produits de santé. »
VINCENT COLLEN
Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
|