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La montée en puissance de l'obésité découle largement de la dérive des comportements alimentaires. Les experts s'interrogent sur la façon la plus efficace d'inciter les consommateurs à une alimentation plus saine.
Dans certaines régions du monde, plus de 50 % de la population est en situation de surpoids ou d'obésité. Les graisses cachées et les boissons sucrées sont en grande partie responsables de ce déséquilibre. Les industriels de l'agroalimentaire et de la grande distribution doivent maintenant se mobiliser pour changer les modes de consommation des populations. » Le professeur Philip James, président de l'International Obesity Taskforce (IOTF) ne décolère pas. Selon lui, la prise de poids de l'humanité atteint des sommets dangereux, et les comportements alimentaires sont en grande partie responsables de ces dérives. « Au sein de l'Union européenne, nous avons plus de 5 millions d'enfants et d'adolescents touchés. C'est très choquant » , confirme Mariann Fischer-Boel, commissaire européen pour l'Agriculture et le Développement rural.
« Un coût insupportable »
Face à cette catastrophe annoncée, les responsables politiques et les experts en santé publique s'interrogent. Comment réduire l'appétit des jeunes pour le grignotage et les spécialités à forte densité énergétique à base de sucre et de graisses ? Comment booster la consommation de fruits et de légumes ? Comment inciter les industriels à prendre en compte la composante santé de l'alimentation, alléger leurs recettes et réduire leur offensive marketing ? « Nous ne devons pas répéter le désastre que nous avons connu avec le tabac » , résume Elio Riboli, responsable de la division épidémiologie à l'Imperial College de Londres. Certains de ces experts réclament un durcissement drastique des normes pour infléchir la tendance. « Si nous ne prenons pas des mesures rapidement, le coût des pathologies associées à l'obésité va devenir insupportable pour les systèmes de santé », lance Philip James.
Pour l'instant, ces périls n'ont pas beaucoup d'effet sur les producteurs, et encore moins sur les consommateurs. La loi de santé publique entrée en vigueur en France à la fin de février 2007 a instauré une taxe de 1,5 % sur les publicités de certains produits quand ils ne sont pas accompagnés d'un message de modération du type : « Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas ». Mais, selon Philip James, l'efficacité de ces avertissements reste très limitée. « Nous savons par expérience qu'ils ne sont compris que par les 10 % de la population les plus éduqués. De toute façon, ceux-là prennent soin de leur corps et ont les moyens de s'alimenter sainement. Les autres demeurent imperméables à ces discours. »
L'exemple finlandais
Plusieurs initiatives ont été lancées par l'Union européenne pour corriger le tir. Un Livre vert pour la promotion de l'activité physique et une alimentation plus saine, une consultation sur l'étiquetage des produits et plusieurs plans spécifiquement centrés sur les enfants et des adolescents. En novembre 2006, les ministres de la Santé de 48 pays ont été réunis par l'OMS à Istanbul pour débattre de ces sujets. Selon Robert Madelin, directeur général pour la santé et la protection du consommateur de l'UE à Bruxelles (Sanco), « le coût des maladies associées à la nutrition est déjà supérieur à celui des maladies liées au tabac ».
Pour l'instant, seulement deux pays scandinaves se sont véritablement mobilisés : la Finlande et la Norvège. Il y a une quinzaine d'années, ils affichaient des taux de mortalité par maladies cardiovasculaires (induites par la surconsommation de graisses animales) parmi les plus élevés du monde. « La Finlande a démontré qu'il était possible de changer les habitudes alimentaires d'une population en une dizaine d'années », indique Elio Riboli. Le gouvernement d'Helsinki a en fait mis en place un dispositif national consistant à distribuer gratuitement des fruits et des légumes dans tout le pays, y compris dans les zones les plus isolées pendant l'hiver.
Philip James souhaite de son côté durcir les contraintes qui pèsent sur les industriels. « Le lobby de l'agroalimentaire est très puissant. En Grande-Bretagne, il a réussi à faire reculer le Premier ministre à plusieurs reprises. Tous les Etats détiennent un moyen de pression très puissant. Ce sont les cantines scolaires et les restaurants des administrations. Ils peuvent décider d'imposer des normes nutritionnelles sévères aux industriels et peser sur leur stratégie. »
Plusieurs enquêtes publiées au congrès Egea de Bruxelles confirment deux paramètres : l'augmentation constante des graisses dans les repas, et les liens entre la mauvaise alimentation et le statut socio-professionnel des familles touchées. Le premier point est le résultat d'une tendance lourde vérifiée depuis plus de vingt ans : la baisse relative du coût de la calorie issue des glucides ou des lipides. Résultat : dans certaines familles à faible pouvoir d'achat, plus de 60 % de la ration calorique quotidienne provient de graisses (*). « Le prix est l'élément essentiel qui conditionne le choix d'un consommateur pour son alimentation. Il est très difficile de lutter contre cet argument » , juge Adam Drewnowski, chercheur à l'université de Washington.
Cet expert a également mené une enquête à New York (dans Manhattan), qui confirme la relation entre la qualité de l'alimentation et le niveau des ressources. « Les pauvres mangent plus et ingurgitent plus de mauvaises calories. Le facteur critique, c'est la densité énergétique des aliments », indique le chercheur. De surcroît, la culture du « value for money », qui prédomine aux Etats-Unis, renforce la demande pour les « maxi portions », et cette tendance au « king size » gagne du terrain sur le Vieux Continent. « Un cappuccino avec un croissant «pèse» 570 kcal aux Etats-Unis, contre 265 kcal en Europe. C'est pourtant le même type de repas » , remarque Arnaud Basdevant, professeur de nutrition à l'Hôtel-Dieu, à Paris.
« 30 % de facteurs génétiques »
Heureusement, le métabolisme de la nutrition est de mieux en mieux compris. « Il y a environ 30 % de facteurs génétiques, et 70 % de causes environnementales qui contrôlent le processus de prise de poids » , estime Marie-Laure Frelut, pédiatre à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Selon ce chercheur, il existerait au moins 200 mutations génétiques responsables d'une susceptibilité génétique variable selon les individus. Mais, pour Arnaud Basdevant, les troubles de la nutrition sont plus un « enjeu sociétal que médical ». D'autant plus que l'organisme humain est une machine extraordinairement efficace et économe. « Augmenter la dépense énergétique n'est pas simple, et c'est rarement suffisant » , indique Martine Laville, spécialiste de la nutrition à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon. John Blundell, professeur de psychologie à l'université de Leeds et spécialiste des comportements alimentaires, s'est amusé à calculer le bilan entrée-sortie d'un organisme adulte. Les chiffres donnent à réfléchir. « Il faut 6 minutes pour ingurgiter 600 kcal et environ 60 minutes de course intensive pour consommer cette même énergie. »
(*) La norme recommandée est de 35 % maximum.
ALAIN PEREZ
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