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Current entry 22.  Recherche médicale : les palmarès contestés
Les classements internationaux, qui sont devenus un des critères établissant la notoriété, pénalisent certains établissements de recherche français...02/04/07


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Description

L'évaluation qualitative des établissements de recherche et des chercheurs est un sujet très sensible, comme en témoignent d'ailleurs les réactions aux articles publiés dans « Les Echos » des 12 et 13 mars.

Les indicateurs mesurant la performance des laboratoires et des chercheurs sont basés sur l'analyse bibliométrique de leur production présentée sous forme de publications scientifiques acceptées par des revues de référence. Pour la recherche bio- médicale, plusieurs milliers d'établissements sont listés dans des palmarès toujours très attendus et parfois contestés. Ils comparent des institutions publiques et privées de taille et de nature différentes : organismes nationaux, centres hospitaliers, universités, instituts de recherche. La production intellectuelle de cet ensemble disparate est abondante : plusieurs centaines de milliers de publications par an dont la qualité et l'originalité sont très variables, et près de dix fois plus de citations de ces mêmes travaux.

Les directions des établissements de recherche sont très attentives à ce benchmarking mondial. Pour une excellente raison. Malgré leurs imperfections, ces classements sont devenus un des critères établissant la notoriété des institutions de recherche. En fait, l'attractivité d'un centre et sa capacité à faire venir les meilleurs et décrocher des subventions ou des contrats dépend en grande partie de cet affichage. Comme l'indique la présidente de l'Institut de la recherche agronomique (Inra), Marion Guillou, ces indicateurs sont très importants « car c'est à travers eux que la recherche française est perçue hors de France ».

 

Appartenances multiples

Le traitement de cette masse de savoir est assuré par des moteurs de recherche. Ce processus automatisé introduit plusieurs types d'erreurs : non-discrimination des homonymies, fausses adresses, omissions, affiliations incomplètes. Le système français semble particulièrement pénalisé par deux facteurs spécifiques au tissu hexagonal : la multiplication des appartenances administratives des scientifiques et la parcellisation des établissements. Pour le directeur général de l'Inserm, Christian Bréchot, ces bilans comparatifs sont totalement inadaptés à des établissements nationaux qui sont à la fois des producteurs de savoir académique et des agences de moyens. « Près de 80 % de nos publications ne sont pas prises en compte. Des organismes de recherche biomédicale comme le nôtre ne sont pas évaluables par des indicateurs de ce type. C'est tout aussi vrai pour les NIH américains ou le MRC britannique »

A contrario, le monde anglo-saxon travaille plus volontiers sous une bannière unique. L'université américaine de Harvard (leader mondial dans la recherche biomédicale) et la plupart des facultés d'outre-Atlantique sont ainsi créditées de la quasi-totalité de leurs publications dont l'affiliation est sans ambiguïté. Outre-Manche, les 31 collèges de Cambridge publient sous le label de la « Cambridge University » qui bénéficie à plein de cette visibilité.

 

Perte d'influence

Cet effet de taille est-il suffisant pour expliquer les mauvais classements des établissements français ? Selon le directeur de l'Institut Cochin, Axel Kahn, « c'est bien la moindre de choses que des établissements ayant 12.000 chercheurs (CNRS), ou 3.000 (Inserm) soient plus cités que l'Institut Cochin (qui fait partie de l'Inserm et du CNRS) et qui ne compte que 180 chercheurs et enseignants chercheurs ».

En réalité, il ne fait désormais aucun doute que la recherche biomédicale française a perdu de l'influence au cours des dernières années. « Certains indicateurs sont incontournables. Est-ce que nous avons eu des prix Nobel ? La réponse est non. Est-ce que nous sommes dominés dans le domaine des brevets et plus encore dans celui des licences ? La réponde est oui. Est-ce que nous sommes distancés dans le domaine des essais cliniques innovants par rapport à d'autres pays ? La réponse est également oui. Si nous n'introduisons pas des réformes dès maintenant, la France risque de disparaître du domaine de la recherche biomédicale dans dix à quinze ans. Et ce n'est pas seulement une question de budget » , juge Christian Bréchot.

 

Les meilleurs chercheurs français

Les classements mondiaux font également apparaître les meilleurs chercheurs français dans les sciences du vivant. Cette liste est établie en fonction de l'impact de leurs travaux sur la communauté scientifique (facteurs H et M). Le généticien Pierre Chambon, directeur de l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire de Strasbourg, domine nettement le paysage français, devant le spécialiste des neurosciences Yves Agid et l'immunologiste Alain Fischer. Derrière ce trio on trouve Pierre Delmas (spécialiste des os), Joël Bockaert (endocrino-génétique), Philippe Sansonetti, (microbiologie), Yehezkel Ben-Ari (neurosciences), Christian Bréchot (hépatologie), Jean-Louis Mandel (génétique) et Pierre Corvol (cardio-vasculaire).

 

L'Inserm au niveau du MRC

Les National Institutes of Health (NIH) aux Etats-Unis, le Medical Research Council au Royaume-Uni et l'Inserm en France possèdent leurs propres programmes et équipes de chercheurs. Ils financent aussi en parallèle d'autres travaux.

Trois organismes nationaux mènent des activités sensiblement comparables dans le domaine de la recherche biomédicale dans le monde : les National Institutes of Health (NIH) aux Etats-Unis - budget annuel environ 28 milliards de dollars -, le Medical Research Council au Royaume-Uni - MRC, budget annuel d'environ 665 millions d'euros - et l'Inserm en France - environ 500 millions d'euros cette année -. Ces institutions, majoritairement financées par des fonds publics, possèdent leurs propres programmes et équipes de chercheurs. Mais elles financent en parallèle de nombreux travaux de recherche dans des laboratoires associés. Les NIH sont divisés en 28 instituts spécialisés par grandes pathologies (cancer, maladies cardio-vasculaires, maladies mentales...). Environ 80 % du budget versé chaque année par le ministère de la Santé américain sont redistribués dans le monde académique. Ces subventions (« grants ») accordées sur appel d'offres irriguent abondamment les meilleures universités, les centres hospitaliers américains et quelques équipes étrangères.

 

Une affiliation complexe

L'affiliation d'un chercheur à un organisme est particulièrement complexe en France, où un scientifique peut dépendre de trois, voire quatre entités différentes (Inserm, CNRS, centre hospitalier, universités). Les responsables de l'Inserm estiment ainsi à 80 % la part des travaux réalisés par des chercheurs associés à l'institut qui ne sont pas détectés par les bilans de l'ESI. Selon le classement corrigé de ces biais d'adressage, l'Inserm a totalisé plus de 1 million de citations sur la période 1996-2006, contre un peu plus de 2 millions pour les NIH, et près de 600.000 pour le MRC (voir illustration). Selon ces nouvelles données, les NIH grimpent au second rang mondial (derrière Harvard) en nombre de citations (contre 87e dans le classement brut), l'Inserm entre dans le Top 10 (contre 125e) et le MRC pointe au 31e rang (contre 250e). L'indice de citation moyen du MRC (29,8) est supérieur à celui des NIH (28,9) et de l'Inserm (18,8).

Mais, ces organisations ne sont pas directement comparables. Les « grants » accordés par les NIH prennent en charge les salaires des chercheurs. De plus, ils font l'objet d'un prélèvement forfaitaire (overheads) parfois important (plus de 50 %) de la part de l'université qui héberge le chercheur et lui fournit des équipements collectifs pour travailler. Ce système est donc différent de l'organisation française où les contrats de recherche décrochés par une équipe sont hors salaires et « nets » de prélèvements.

 

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS

Sources
Les Echos
Date publication
02/04/07
 Thèmes
  R & D

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