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Cancer du sein : en Europe, une femme en meurt toutes les six minutes et demie. Maladies cardio-vasculaires : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que, d'ici à 2020, les problèmes cardiaques seront la première cause de mortalité et d'invalidité au monde. Troubles neurologiques : un nouveau cas de démence se déclenche toutes les sept secondes. Pathologie insidieuse, l'Alzheimer affecte déjà 24 millions de personnes... et 81 millions d'individus pourraient en souffrir d'ici à 2040.
Face à cette situation plutôt sombre, des leaders industriels comme General Electric, Siemens ou Philips exploitent les progrès technologiques et médicaux pour affiner les diagnostics, renforçant leur assise sur un marché en plein essor. Estimé à 40 milliards de dollars, le marché mondial de l'imagerie médicale est voué à croître : à l'instar du cancer ou des infarctus, nombre de maladies, jadis mortelles, sont désormais chroniques, nécessitant des soins à distance. Partout, la population vieillit. Confrontés à des dépenses grandissantes, plusieurs gouvernements entament la réforme de leurs systèmes de santé, incitent les hôpitaux à s'équiper et prônent le dépistage, à l'instar du plan Cancer cher à Jacques Chirac.
Lors du 92e Congrès de la Radiological Society of North America, grand-messe du secteur qui a réuni, fin 2006, plus de 62.000 professionnels à Chicago, les industriels ont présenté des outils dont le champ d'application ne cesse de s'étendre. Scanners, IRM à très hauts champs (3 teslas), ultrasons miniaturisés, logiciels d'aide au diagnostic ou échographies portables progressent, dopés par l'amélioration des systèmes informatiques et des techniques de traitement d'images et de données. « L'heure est à la convergence entre des outils de plus en plus pointus », résume Dominique Blanc, président de GE Healthcare en France.
A l'heure de l'hôpital numérique, les machines centralisent des informations issues de sources disparates (IRM, scanners, échographie ou tomographie à émission de positons). Les améliorations foisonnent : diminution des doses d'exposition aux rayonnements ionisants, plus grande précision du diagnostic, etc. Inauguré à Chicago, le scanner cardiaque VCT de GE Healthcare fait fondre les doses de radiations requises de 18,40 mSv à 2,84 mSv. De son côté, l'allemand Siemens est à l'origine d'un scanner « bitube », qui permet d'acquérir 64 images toutes les 80 millisecondes : l'accumulation d'images plus nombreuses à un rythme accéléré réduit de moitié le temps d'exposition et la dose d'irradiation du patient.
Voir les cellules « in vivo »
Ces avancées technologiques amènent les industriels à se repositionner sur l'ensemble de la chaîne, de l'anticipation des symptômes à la guérison, avec du matériel de plus en plus performant. A cet égard, l'imagerie moléculaire est prometteuse. Cette technique « in vivo » permet de visualiser le fonctionnement des cellules, grâce à des molécules « marquées » qui, une fois injectées dans un corps humain, s'accrochent aux cellules anormales. En repérant des anomalies à une échelle microscopique, l'imagerie moléculaire rend possible la détection précoce de pathologies.
« Le futur de la radiologie réside dans la capacité des professionnels à détecter une maladie avant même que le patient n'en ressente les premiers symptômes, estime Jean-Luc Vanderheyden, patron de l'imagerie moléculaire chez GE Healthcare. Le défi est de pouvoir observer des lésions de plus en plus petites pour gagner du temps face à la maladie. »
Afin de prendre ses marques sur cette discipline, GE a racheté dès 2004 le géant britannique Amersham pour 8 milliards d'euros, et cet été, la société de biotechnologies BiaCore, spécialisée dans l'élaboration de diagnostics in vivo. En parallèle, GE Healthcare travaille, entre autres, sur le « carbone 13 », une molécule plus spécifique que le marqueur FDG (fluorodeoxyglucose) employé actuellement. Le FDG, sorte de glucose radioactif, ne repère que le métabolisme des cellules. Or un métabolisme défaillant n'est pas nécessairement synonyme de cellules cancéreuses.
Entré dans la course également, l'allemand Siemens a finalisé le 3 janvier l'acquisition de Bayer Diagnostic pour 4,8 milliards d'euros. Au printemps, il avait déjà racheté la start-up DPC Corporation pour 1,8 milliard. Grâce à ses acquisitions, le groupe se renforce non seulement en imagerie moléculaire mais il passe, lui aussi, la porte des laboratoires, en s'élançant dans la production de tests génétiques ou sanguins pour le dépistage de pathologies in vitro. A terme, Siemens envisage de déterminer la prédisposition des patients à la maladie. « Le chantier est le prédiagnostic », explique Martin Tasler, porte-parole de Siemens Medical Solutions France.
Comme ses rivaux, Philips a élaboré des applications innovantes pour ses logiciels et ses machines. Depuis juillet 2005, le groupe a dépensé 1,9 milliard de dollars dans le rachat de sociétés de technologies médicales. Et, en avril, il a noué une alliance avec BG Medicine, une société de biotechnologie spécialisée dans l'élaboration de biomarqueurs utilisés dans l'imagerie moléculaire.
Définitions
Echographie. Méthode d'imagerie médicale qui explore un organe, un tissu ou une structure anatomique en enregistrant les échos produits par un faisceau d'ultrasons lors de son passage à travers l'organisme.Imagerie par résonance magnétique. Technologie basée sur l'émission d'une onde radio de fréquence courte qui modifie l'orientation des protons des noyaux d'hydrogène. Elle permet notamment de visualiser les tissus mous (cerveau, muscles...).
Marqueur. Atome (ou molécule) reconnaissable à une propriété physique particulière (radioactivité, fluorescence, masse...) qui permet de l'identifier au sein d'une substance où il se trouve en très faible quantité.
Tomographie par émission de positons. Radiographie reposant sur la concentration radioactive d'un marqueur émetteur de positons (électrons à charge positive).
LAURANCE N'KAOUA
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