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Contrairement à son voisin suisse, le patient français associe souvent les médicaments non remboursables à des produits manquant d'efficacité.
Il y avait « l'entreprise responsable », « le citoyen responsable », il y a désormais le « patient responsable ». Le concept fait doucement son apparition dans l'industrie pharmaceutique. Début juin, l'Association of the European Self-Medication Industry tenait sa réunion annuelle à Athènes autour de ces enjeux, qui risquent fort de faire l'actualité de la santé dans les prochains mois sous le terme d'« automédication responsable ». Le principe est simple : « L'automédication responsable consiste pour les individus à soigner leurs maladies grâce à des médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces, dans les conditions d'utilisation indiquées », définit l'OMS.
Deuxième pays d'Europe par sa population mais en quatrième position pour l'achat de médicaments sans ordonnance, la France est, sur ce sujet, à la traîne : le Français dépense en moyenne 33 euros par an pour des médicaments non remboursables quand un Anglais y consacre 42 euros et un Suisse près de 90. L'Afipa (Association de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable), qui réunit une vingtaine de laboratoires tous spécialisés dans l'OTC (« over the counter », c'est-à-dire les médicaments sans ordonnance), bataille auprès des pouvoirs publics pour une reconnaissance du « service médical rendu d'automédication ». Le ministre de la Santé a promis de s'y pencher.
Le fond du débat qui agite la profession tient au retrait du remboursement de certains médicaments dont le service médical est perçu comme insuffisant pour être pris en charge par l'assurance-maladie. Cette recommandation risque « très clairement d'assimiler efficacité et utilité d'un médicament à son niveau de remboursement », s'inquiète l'Afipa, qui préfère souligner les économies substantielles pour l'assurance-maladie générées par l'achat de médicaments sans ordonnance.
Dans ce contexte, ce principe d'« automédication responsable » offre aux laboratoires pharmaceutiques de jouer une nouvelle partition marketing. Ils rappellent ainsi que les médicaments achetés sans ordonnance représentent 14 % du total des remèdes consommés en France chaque année. « Bénéficiant d'autorisations de mise sur le marché, ils ont démontré leur efficacité et leur sécurité d'usage », précise l'Afipa.
Au moment où Pfizer se désengage du marché de l'automédication - il vient de vendre l'activité à Johnson & Johnson (« Les Echos » du 27 juin) - Merck Médication Familiale a décidé d'en faire un élément fort de sa stratégie en créant l'an dernier Médiflor, une filiale appelée à se développer sur ce créneau. Elle propose des médicaments de médecine complémentaire d'origine naturelle, de prescription facultative et bien entendu non remboursables. « Cette création s'inscrit dans un contexte teinté d'inquiétude, pour les médecins comme pour les patients , raconte Michel du Peloux, président des laboratoires Médiflor et également vice-président de l'Afipa. Inquiétude économique face au déficit des comptes de la Sécurité sociale, inquiétude «thérapeutique» face à des besoins de sécurité et de protection. »
Une étude du cabinet Research International montre en effet que plus de la moitié des Français jugent leur système de santé en crise, le choix du médecin traitant ayant ajouté de la complexité. Merck a observé en outre des évolutions structurelles sur ce marché, comme l'encombrement du parcours de soins, les scandales marketing à répétition avec des retraits spectaculaires de médicaments et enfin les stratégies axées autour du développement durable.
Développer la pédagogie
L'objectif de Médiflor est donc de prendre le système à revers en pariant sur cette future responsabilisation du patient. « D'autant que le consommateur français est plus raisonnable qu'on ne veut le dire. Il est capable de se prendre en charge, est souvent calé en matière de santé et prend conscience que les dépenses peuvent être allouées à de meilleures causes comme la recherche », souligne le docteur Michel du Peloux. L'époque est donc propice pour entamer une démarche qui tranche.
Afin de « prescrire autrement », Médiflor a développé une approche des médecins généralistes destinée à les aider à faire passer au patient la pilule du médicament non remboursé. Le moyen : leur donner des outils leur permettant de faire de la pédagogie. « Nous sommes surchargés et nous avons besoin de responsabiliser le patient. Nous ne pouvons plus faire face à toutes les demandes aussi rapidement que le patient le souhaite », témoigne le docteur Caroline Vanhamme, médecin généraliste.
Pour le lancement de leur antidépresseur, Mildac, les laboratoires ont, par exemple, créé un lien sur le site Internet développé avec des psychiatres etat-depressif.com afin de « prolonger la consultation et permettre au généraliste de donner du sens à l'information ». Une sorte de service décentralisé de la consultation. « Nous ne rallierons bien sûr pas l'ensemble des médecins. Aujourd'hui, plus d'un quart d'entre eux prescrivent des médicaments non remboursés. Ils étaient 11 % en 2000. Mais il y a encore tout un travail à mener autour de l'éducation au prix. Car le premier frein est la croyance autour de l'efficacité, mise en doute dès lors qu'il y a déremboursement », explique Michel du Peloux. Une étude menée par l'Afipa en 2005 corrobore cette idée, selon laquelle la moitié des Français prévoient de ne plus acheter ces médicaments dès lors qu'ils seront déremboursés. Signe encourageant, pourtant, pour le dirigeant de Médiflor : la croissance, sur un marché saturé avec 3.000 références, de son sirop antitussif non remboursé, Prospan.
Pour accompagner ce discours d'une amélioration qualitative des soins, le jeune laboratoire a trouvé un autre levier sur lequel appuyer : l'engagement humanitaire au travers du soutien apporté à l'Association Ar Mada, qui regroupe une centaine de médecins et organise des missions humanitaires de quinze jours à Madagascar, dans des régions où l'accès aux soins est quasiment inexistant. Médiflor participe aux frais de missions des généralistes prêts à se lancer dans l'aventure, à hauteur d'environ 60.000 euros par an, et mobilise ses 50 visiteurs médicaux pour présenter les actions d'Ar Mada aux médecins. « Nous sortons de nos repères d'efficacité purement économique. Une démarche selon nous cohérente, qui permet au généraliste de donner un autre sens à sa prescription lorsqu'il a recours à nos produits », précise Michel du Peloux.
La philosophie n'est pas, dit-il, d'en faire un outil marketing. Il n'empêche : si l'initiative donne une orientation humanitaire à l'usage d'emmener le corps médical en voyage d'études, elle n'en reste pas moins une stratégie de recrutement et de fidélisation des médecins.
SOPHIE PÉTERS
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