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Current entry 14.  Les antibiotiques, ce n'est plus automatique
Avec son programme sur les antibiotiques, la Caisse d'assurance-maladie livre sa première bataille marketing sur le front des pratiques des Français...20/02/06


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Description

Ce ne sont pas les personnes âgées qui absorbent le plus d'antibiotiques, mais les enfants de 0 à 6 ans : ils consomment un cinquième des doses prescrites. C'est donc en priorité aux parents que s'adresse l'un des slogans, plutôt réussi, de la CNAM : « Les antibiotiques, c'est pas automatique. ».

 

La rengaine est déjà bien installée sur les ondes : « Les antibiotiques, c'est pas automatique. » Depuis 2002, la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) s'est lancée dans une campagne d'envergure pour pousser médecins et patients à réduire la consommation de ces anti-infectieux afin d'en préserver l'efficacité. Car, comme dans d'autres classes thérapeutiques (somnifères, antidépresseurs...), les Français sont les champions toutes catégories du recours à l'antibiothérapie à la moindre alerte. Objectif du programme : faire baisser la prescription de 25 %. On comptait 80 millions de prescriptions en 2002, dont 30 millions recensées comme étant inutiles, car données pour combattre des maladies virales.

Par ces temps de retour de grippe, l'organisme public passe à la vitesse supérieure de son programme, prévu pour se déployer encore pendant trois bonnes années. A mi-parcours, il enregistre une baisse de 13 % de la consommation d'antibiotiques, soit 375 millions d'euros de dépenses inutiles évitées, pour un investissement de 27 millions.

 

Une démarche de fourmi

Son slogan, qui finit par s'imposer comme une lapalissade - il a été pastiché par « Les Guignols de l'info » sur Canal+ « les contrôles de police c'est pas automatique » - s'appuie en fait sur une démarche marketing de fourmi ne laissant rien au hasard. « Ce n'est pas une simple campagne de communication, mais un programme global lié à plusieurs acteurs et sur de longues années. Parce qu'il y a une menace pour la santé publique, nous devons agir sur les comportements », précise Geneviève Chapuis, responsable du département études et campagnes de la CNAM.

Selon elle, le matraquage médiatique est insuffisant pour venir à bout d'habitudes inscrites dans les moeurs sur plusieurs générations : « Les Français sont viscéralement attachés à ces molécules considérées comme un prodige de la science. Avec la découverte de la pénicilline par Flemming en 1928, on s'est mis, après la Deuxième Guerre mondiale, à guérir des mourants. Cet effet miraculeux s'est transmis de médecin en médecin... jusqu'aux grands-mères, qui l'ont véhiculé dans leur famille.

Mais, favorisée par une trop grande consommation, la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques a finalement incité les autorités à réagir. Pour enrayer cette spirale infernale, il a fallu aider le corps médical à retrousser ses manches : des tables rondes dans la moitié des régions de France ont réuni des généralistes et des patients factices pour les faire travailler sur des jeux de rôle, animés par des pairs de la Société française de médecine générale. Tous les cas de figure ont pu être vécus, depuis madame Dupont insistant lourdement pour obtenir une prescription jusqu'à monsieur Durand exposant sa litanie de symptômes. « Les médecins concernés ont été très assidus, alors que nos réunions se déroulaient en pleine grève des généralistes sur la consultation à 20 euros », précise Geneviève Chapuis. Un intérêt qu'elle explique par le fait d'avoir été d'emblée au coeur du métier et de la pratique.

La démarche qualitative s'est également doublée d'opérations de mailing à très fort succès - le taux de retour a été de 95% ! - offrant aux médecins d'exprimer leurs interrogations. Jouant lui aussi le jeu, le corps hospitalier y a répondu. « Le levier est celui du partenariat et de l'implication des différentes familles de praticiens », ajoute-t-elle.

 

Recours à des sociologues

La CNAM s'est également rapprochée de l'Agence du médicament pour élaborer des fiches pratiques synthétisant ses référentiels. La moitié des généralistes a aussi accepté de se rendre à des formations sur le bon usage des antibiotiques, à l'issue desquelles leur a été remis une brochure d'aide à la pratique. Une batterie de livrets et d'affiches pour les cabinets ont été édités, notamment « l'ABC des petites maladies de la vie courante », dont la mise en page crée la surprise tant elle est sympathique et attrayante.

La sortie en 2002 du test de diagnostic de l'angine, qui permet de détecter l'angine virale de la pathologie bactérienne, a, elle aussi, donné un sérieux coup de pouce. Enfin, les campagnes de publicité à la télévision et à la radio ont aidé les médecins à assumer leurs décisions. « La presse a aussi joué un rôle majeur en relayant dans des articles grand public toutes les explications nécessaires à une bonne compréhension des risques et en introduisant des éléments rationnels, loin de l'aspect potion magique. Nous avons même eu recours à des sociologues pour décrypter pourquoi cette consommation était autant inscrite dans les comportements », explique Geneviève Chapuis, qui a recensé 1.000 retombées presse en trois ans.

Les idées reçues commencent à être battues en brèche : 39 % des Français estiment que les antibiotiques permettent d'être plus rapidement sur pieds contre 64 % en 2002, et 25 % croient encore mordicus que ce remède permet de faire baisser la fièvre, contre 39 % en 2002. Cela étant, la traduction dans les pratiques tarde encore : si la baisse a été spectaculaire la première année (- 10 %), elle s'est ralentie la deuxième année (- 5 %), les médecins continuant à craindre la surinfection, même si, selon la caisse, ceux-ci ont retrouvé « leur liberté de prescription » . Ainsi, 80 % d'entre eux observent que leur patients sont plus ouverts à leurs arguments, révèle un sondage Ipsos réalisé cet automne.

 

Donner de nouveaux repères

Geneviève Chapuis le reconnaît : « Nous avons mangé notre pain blanc. Pour toucher les Français dans leur pratique, il va falloir continuer sur le terrain et les prendre en tenaille dans leur quotidien. En déstabilisant les idées reçues, l'abolition des automatismes engendre aussi des interrogations nouvelles. Les patients se demandent comment agir. Aujourd'hui nous devons leur donner de nouveaux repères, surtout aux plus âgés. »

Les messages de cet hiver mettent ainsi en scène des mamies et des jeunes couples en misant sur le conflit de générations. « C'est en creusant le sillon de la pédagogie que les Français vont baisser leur consommation » , espère-t-elle. En particulier, celle des enfants de moins de six ans, qui absorbent à eux seuls un cinquième des antibiotiques et pour lesquels certaines crèches réclament encore une prescription médicale à la moindre toux suspecte.

Les services publics et organismes d'Etat commencent à être coutumiers d'éduquer les Français à de nouveaux comportements citoyens, à l'instar de la SNCF, la sécurité routière ou la RATP. Si la CNAM livre là sa première bataille, elle compte bien en entamer d'autres sur de nouveaux terrains comme ceux des génériques ou des maladies chroniques, et, d'une façon élargie, sur le bon usage des médicaments. D'autant que ce type d'actions a montré que les Français étaient prêts à changer de comportement. Le dispositif sur les antibiotiques fera désormais office de programme marketing modèle.

 

Une baisse qui reste à inscrire dans la durée

Le programme « antibiotique »de la CNAM a permis de faire diminuer de 13 % cumulés en deux ans la consommation d'antibiotiques à épidémies constantes.

Le recul est plus élevé chez les enfants :

- 14,8 % chez les 0-6 ans et

- 6,1 % chez les 6-15 ans.

Du fait de la baisse générale et continue, ce sont plus de 11,6 millions de traitements inutiles évités au cours des trois derniers hivers.

Un recul à mettre en perspective avec l'objectif de réduction de la consommation d'antibiotiques en médecine de ville : -

 25 % d'ici à fin 2007, évalué comme un seuil clef pour commencer à agir efficacement sur le développement des résistances bactériennes et qui classerait la France parmi les consommateurs moyens en Europe.

 

SOPHIE PÉTERS

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Sources
les Echos
Date publication
20/02/06
 Thèmes
  Politique de Santé

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